L’intimidation à l’école peut affecter profondément le bien‑être d’un enfant. Comme parent, il est normal de se sentir démuni lorsqu’on voit son jeune rentrer à la maison triste, anxieux ou perturbé. Votre rôle est néanmoins crucial : accueillir ce qu’il vit, l’accompagner et travailler avec l’école pour mettre fin à sa situation d’intimidation.
Reconnaître l’intimidation
L’intimidation se définit comme étant tout comportement, parole, acte ou geste délibéré ou non, à caractère répétitif, exprimé directement ou indirectement, y compris dans le cyberespace, dans un contexte caractérisé par l’inégalité des rapports de force entre les personnes concernées, ayant pour effet d’engendrer des sentiments de détresse et de léser, blesser, opprimer ou ostraciser.
Pour reconnaître une situation d’intimidation, il faut prendre le temps d’y penser et AGIR!
AGIR est un mot qui aide à reconnaître l’intimidation:
A: Acte intentionnel ou non
G: Gestes répétés
I: Inégalité des forces
R: Résultat négatif chez la personne intimidée
L’intimidation peut prendre différentes formes : physique (gestes violents), verbale (paroles blessantes), sociale (exclusion ou humiliation) et matérielle (vol ou bris d’objets). Peu importe la forme, elle fait du tort à la personne et peut la faire se sentir triste, blessée ou isolée.
La différence entre le conflit et l’intimidation
Un conflit, c’est quand deux personnes ne sont pas d’accord et se disputent à cause de quelque chose de précis. Il n’y a habituellement pas de déséquilibre de force et les personnes concernées peuvent être ou avoir été des amis. Un conflit fait généralement vivre des émotions négatives aux deux parties impliquées. Une bonne compréhension de cette distinction entre un conflit et l’intimidation aide les parents et l’école à choisir l’intervention la plus appropriée et à répondre rapidement aux besoins de chaque jeune.
Quels sont les signes pouvant m’indiquer que mon enfant est victime d’intimidation?
Lorsqu’un enfant est exposé à de l’intimidation, certains signes sont susceptibles de se manifester et son comportement peut changer à certains égards. Un ou plusieurs des éléments suivants peuvent vous aider à reconnaître si votre enfant est possiblement confronté à une situation d’intimidation ou de violence. Il est toutefois important de noter que ces manifestations peuvent aussi être attribuables à d’autres causes. Dans tous les cas, une discussion ouverte et bienveillante avec votre enfant demeure essentielle pour mieux comprendre la situation.
Signes possibles :
- Il est souvent triste, irritable, il a l’air malheureux;
- Il perd de l’intérêt pour ses activités préférées;
- Il ne veut plus aller à l’école ou à d’autres endroits comme le centre commercial ou le terrain de jeu;
- Il vous dit souvent qu’il ne se sent pas bien, qu’il est malade;
- Il s’isole, devient plus secret;
- Ses résultats scolaires baissent sans explication logique;
- Il cesse d’utiliser Internet ou devient très nerveux après son utilisation;
- Il dit perdre ou se faire voler des objets personnels;
- Il dort mal;
- Il revient à la maison avec des vêtements sales ou des blessures;
- Il se dénigre, se trouve moins bon que les autres.
Comment aider son enfant qui vit de l’intimidation?
Pour soutenir votre enfant dans cette épreuve, il est important d’agir rapidement tout en demeurant calme et patient. Voici quelques actions que vous pouvez poser pour l’accompagner et l’aider à traverser cette situation :
Écoutez votre enfant et montrez-lui votre soutien
- Posez-lui des questions ouvertes pour essayer d’en savoir plus;
- Laissez-le parler à son rythme et ne le jugez pas;
- Montrez-lui que vous êtes avec lui et que vous allez l’aider à trouver des solutions.
Évaluez la situation avec lui
- Demandez-lui ce qu’il a tenté de faire pour que la situation cesse;
- Amenez-le à nommer ce qu’il ressent et misez sur ses forces;
- Identifiez avec lui des alliés, comme des amis, sur qui il peut compter;
- Parlez avec lui de sa relation avec l’intimidateur (proximité, fréquence des contacts, contextes où ils se croisent).
Trouvez ensemble une solution et agissez
- Demandez-lui ce qu’il souhaite faire et impliquez-le dans la recherche d’une solution pour lui redonner du pouvoir sur la situation;
- Communiquez aussi avec l’école : avisez son enseignant et la direction de l’école puis demandez un suivi par la suite;
- Ne tentez pas de régler par vous-même la situation directement avec l’enfant intimidateur ou son parent. Les intervenants scolaires sont habilités à faire ces interventions;
- Si vous constatez que la situation affecte votre enfant, informez la direction de l’école. Celle‑ci pourra vous accompagner et mobiliser, au besoin, les professionnels ou le personnel de soutien prévus dans le plan de lutte.
Le plan de lutte contre l’intimidation et la violence
Toutes les écoles du Québec doivent mettre en place un plan de lutte contre l’intimidation et la violence afin d’assurer un environnement sain et sécuritaire pour les élèves. Ce plan explique comment l’école prévient, détecte et intervient lorsqu’une situation d’intimidation survient.
Le plan ne sert pas uniquement à réagir lorsque des gestes problématiques sont posés. Il prévoit aussi des actions de prévention, d’éducation et de soutien auprès de toutes les personnes impliquées.
Les étapes d’intervention lorsqu’une situation d’intimidation est signalée
Lorsque l’école est informée d’une situation d’intimidation — par un élève, un parent, un témoin ou un membre du personnel — les étapes suivantes sont généralement appliquées :
1. Recueillir l’information de façon confidentielle
Un intervenant ou un adulte de confiance rencontre l’élève concerné afin de comprendre ce qui s’est passé. Il écoute attentivement, pose des questions et rassemble les informations pertinentes (gestes posés, personnes impliquées, contexte, impacts).
L’objectif est de comprendre la situation sans jugement et d’assurer la sécurité immédiate de l’enfant.
2. Analyser la situation
L’équipe-école discute des faits recueillis et évalue la gravité de la situation. Elle analyse :
- la nature des gestes;
- la répétition;
- le rapport de force;
- les conséquences vécues par la personne ciblée;
- les besoins des élèves en cause.
Cette analyse permet de déterminer si la situation relève d’un conflit, d’une situation d’intimidation, d’un incident isolé ou d’un acte de violence.
3. Informer la direction
La direction est rapidement avisée. Elle joue un rôle central pour coordonner les interventions, documenter les faits et assurer le respect du plan de lutte.
4. Choisir les interventions appropriées
Selon la gravité de la situation, l’école peut :
- intervenir directement auprès des élèves concernés;
- offrir du soutien psychosocial;
- communiquer avec les parents;
- appliquer des mesures de soutien ou d’encadrement;
- proposer des actions réparatrices;
- mettre en place les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et le bien‑être de l’élève ciblé.
Le plan de lutte a pour objectifs de prévenir et de faire cesser les situations d’intimidation, ainsi que de maintenir un climat scolaire sain et sécuritaire. Des interventions éducatives sont mises de l’avant afin de permettre aux élèves d’apprendre de ces situations et de réduire les risques de récidive.
5. Faire des suivis réguliers
Même après les interventions initiales, l’école assure des suivis afin de :
- vérifier si l’intimidation a cessé;
- soutenir l’élève victime;
- encadrer l’auteur des gestes;
- ajuster les mesures si nécessaire.
Si la situation persiste, de nouvelles actions sont engagées.
Quoi faire si vous êtes insatisfait?
Si un parent estime que la situation d’intimidation n’est pas réglée adéquatement, ou que l’école n’a pas agi conformément à son plan de lutte, il existe un processus officiel de plainte, reconnu partout au Québec.
Étape 1 — L’école
Le parent communique d’abord avec :
- l’enseignant;
- un intervenant scolaire;
- la direction de l’école.
La majorité des situations se règlent à cette étape.
Étape 2 — Le Centre de services scolaire (CSS) ou la Commission scolaire (CS)
Avant de déposer une plainte officielle, le parent peut d’abord faire appel à l’agent pivot nommé par le CSS dans le dossier Climat scolaire, violence et intimidation. Cette personne peut agir comme intermédiaire, entendre le parent et proposer des pistes de solution à la fois à l’école et au parent, afin de favoriser un règlement satisfaisant pour toutes les parties.
Si, malgré cette démarche, la réponse obtenue demeure insuffisante, le parent peut alors déposer une plainte auprès du responsable des plaintes du CSS ou de la CS. Ce dernier examine le dossier, communique avec les acteurs concernés et propose des solutions pour faire avancer la situation.
Étape 3 — Le Protecteur national de l’élève (PNE)
Si, après l’intervention du CSS/CS, le parent considère que la situation n’est toujours réglée, il peut s’adresser au Protecteur national de l’élève (PNE).
Le PNE :
- agit de manière indépendante;
- analyse le traitement de la plainte;
- peut recommander des correctifs au CSS/CS.
Cette démarche vise à assurer que les droits de l’enfant sont respectés.
La confidentialité
La confidentialité est un principe fondamental du processus. L’objectif est de protéger l’élève et de préserver son bien‑être.
Pour la personne victime, l’école s’engage à :
- protéger les informations partagées par la victime ou les personnes ayant dénoncé la situation;
- éviter que l’élève soit exposé ou stigmatisé;
- partager les renseignements uniquement avec les personnes qui doivent intervenir.
La confidentialité s’applique également à l’élève ayant posé des gestes d’intimidation, puisque l’école a aussi la responsabilité de protéger cet élève.
L’école doit :
- traiter son identité de manière confidentielle;
- communiquer uniquement les informations nécessaires aux parents concernés;
- favoriser une intervention éducative qui respecte les droits de tous les élèves.
Aucun parent n’a légalement accès à l’identité d’un autre élève ou aux détails disciplinaires le concernant, sauf dans des situations encadrées par la loi.
Quand la police intervient-elle dans une situation d’intimidation?
Le Code criminel du Canada regroupe les infractions interdites au pays. Une personne peut être arrêtée par la police et faire face à des accusations criminelles à partir de 12 ans.
Lorsqu’un auteur d’intimidation dépasse les limites et commet une infraction criminelle (ex. : menaces, voies de fait…), il est possible de dénoncer les événements à la police. Cette démarche vise à assurer la sécurité de la personne ciblée et à faire cesser l’infraction.
Il existe plusieurs infractions criminelles associées à l’intimidation et il est important pour un parent de les connaître. Une description des principales infractions criminelles est disponible ici et pour obtenir plus d’information sur la plainte policière, visitez cette section.
Quoi faire si mon enfant est l’auteur de gestes d’intimidation?
Apprendre que son enfant a posé des gestes d’intimidation peut être difficile. Pourtant, ce comportement peut apparaître chez des jeunes de tous âges et de tous milieux, parfois sans qu’ils réalisent l’impact réel de leurs actions. L’accompagnement du parent est essentiel : reconnaître les signes, intervenir rapidement et offrir un soutien approprié aide l’enfant à développer des comportements plus respectueux.
Reconnaître les signes
Certains indices peuvent indiquer qu’un jeune adopte des comportements d’intimidation, par exemple :
- un besoin marqué de dominer ou de maintenir sa place dans un groupe;
- des difficultés relationnelles ou à s’intégrer;
- la croyance que la violence ou l’intimidation sont des moyens efficaces pour régler un conflit;
- une tendance à percevoir les autres comme hostiles;
- des réactions impulsives.
Certains jeunes peuvent aussi manquer d’empathie, afficher une fausse confiance en eux ou éprouver peu de remords. Ces signes peuvent être un indicateur que l’enfant a besoin d’encadrement et d’aide pour mieux interagir avec les autres.
Engager la discussion
Si l’école ou un autre adulte signale une situation d’intimidation, il est important d’en parler calmement avec l’enfant. Le parent peut :
- rester ouvert et à l’écoute;
- expliquer la gravité et les conséquences des gestes posés;
- l’aider à comprendre ce qui déclenche ses comportements;
- réfléchir avec lui à des façons d’exprimer ses émotions ou d’obtenir ce qu’il veut sans nuire aux autres;
- rappeler l’importance du respect et de l’empathie dans ses relations.
Il est également important de demeurer attentif à l’influence des pairs et aux activités du jeune dans ses temps libres.
Chercher de l’aide au besoin
Si les comportements persistent ou si le parent souhaite obtenir un soutien supplémentaire, la première étape consiste à discuter des besoins de l’enfant avec son enseignant ou avec la direction de l’école. Selon la situation, la direction pourra ensuite orienter l’élève vers les services appropriés, tels que la psychoéducation, le travail social, la psychologie ou d’autres ressources scolaires. Ces professionnels peuvent accompagner l’enfant dans le développement de ses habiletés sociales et relationnelles et l’aider à mieux composer avec la situation.
Enfin, l’enfant doit sentir qu’il n’est pas seul : même s’il doit répondre de ses gestes, il peut aussi apprendre à changer avec l’aide des adultes qui l’entourent.
Quoi faire si mon enfant est témoin d’une situation d’intimidation?
Si votre enfant est témoin d’une situation d’intimidation et vous en parle, dites-lui qu’il a bien fait de se confier à vous. Expliquez-lui qu’il peut jouer un rôle important pour aider la personne visée et que l’important est de ne pas rester inactif.
Aidez-le en lui rappelant que :
- C’est normal de se sentir mal à l’aise dans ce type de situation;
- Il est important de ne jamais rire ou encourager la situation;
- Il peut montrer son soutien à la personne victime, par exemple, en lui offrant de l’accompagner pour dénoncer la situation;
- S’il s’en sent capable, il peut exprimer à l’auteur de gestes d’intimidation qu’il n’est pas d’accord avec son comportement;
- Il est important que la situation d’intimidation soit signalée à un adulte de l’école. Le jeune témoin peut le faire lui-même, ou le parent peut communiquer avec l’école lorsqu’un enfant lui rapporte avoir été témoin. Cela permet aux personnes concernées de recevoir l’aide nécessaire.
Agir ensemble pour le bien‑être des jeunes
Une situation d’intimidation est éprouvante, autant pour l’enfant qui la subit que pour le parent qui l’accompagne. Heureusement, personne n’a à affronter cette situation seul. En reconnaissant les signes, en demeurant à l’écoute et en travaillant en partenariat avec l’école, chaque parent peut jouer un rôle important pour protéger son enfant et favoriser un climat scolaire sain. Qu’il soit victime, témoin ou auteur d’intimidation, votre jeune a besoin de votre présence, de votre bienveillance et de votre engagement. Ensemble, nous pouvons contribuer à bâtir un environnement scolaire plus sécuritaire, respectueux et inclusif pour tous les élèves.
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